LE KIMBERLEY


(…) Les aborigènes ont une philosophie fondée sur la terre. C’est la terre qui donne vie à l’homme, qui lui fournit sa nourriture, sa langue et son intelligence ; et c’est elle qui le reprend quand il meurt. Le « pays » de tout homme, même s’il ne s’agit que d’un lopin vide, couvert de spiniflex, l’herbe porc-épic, est une icône sacrée à laquelle aucune blessure ne doit être infligée.

« Aucune blessure, vous voulez dire, faite par des routes, des mines ou des voies ferrées ?

Blesser la terre, répondit-il avec conviction, c’est se blesser soi même, et si d’autres blessent la terre, c’est vous qu’ils atteignent. Le pays doit rester vierge, comme il était au Temps du Rêve, à l’époque où les ancêtres amenèrent le monde à l’existence en le chantant (…)

Les aborigènes, poursuivit-il, parcouraient la terre d’un pas léger ; et moins ils lui prenaient, moins ils avaient à donner en retour. Ils n’ont jamais compris pourquoi les missionnaires interdisaient leurs sacrifices innocents. Ils ne tuaient aucune victime, animal ou homme. Au contraire, lorsqu’ils voulaient remercier la terre de ses bienfaits, ils se fendaient simplement une veine de leur avant-bras et laissaient leur sang éclabousser le sol. (….)

Il continua en m’expliquant comment, lors de sa traversée du pays, chaque ancêtre avait laissé dans son sillage une suite de mots et de notes de musique et comment ces pistes de rêve formaient dans tout le pays des « voies » de communication entre les tribus les plus éloignées. « Un chant, dit-il, est à la fois une carte et un topo guide. Pour peu que vous connaissiez le chant, vous pouviez toujours vous repérer sur le terrain. En théorie, du moins, la totalité de l’Australie pouvait être lue comme une partition musicale. Il n’y avait pratiquement pas un rocher, pas une rivière dans le pays qui ne pouvait être ou n’avait pas été chantée. (…) En amenant le monde à l’existence par le chant, dit-il, les ancêtres avaient été des poètes dans le sens originel du mot poiêsis, la « création ». Aucun aborigène ne pouvait concevoir que le monde créé put être imparfait. Sa vie religieuse tendait vers un but unique : conserver la terre comme elle était et comme elle devait être. Celui qui partait pour un walkabout accomplissait un voyage rituel. Il marchait dans les pas de son ancêtre. Il chantait les strophes de l’ancêtre sans changer un mot ni une note, et ainsi recréait la création.


Extrait du Chant des pistes de Bruce Chatwin








Anne Poelina a été élue en 2011 Député et Présidente du Conseil du Comté de Broome (région du Kimberley – Australie de l’ouest).
Elle place à présent son combat sur la scène  politique.
Anne Poelina se bat pour faire entendre les voix des peuples aborigènes pour un développement éthique, culturel et durable.

Les peuples aborigènes et l’environnement du Kimberley sont aujourd’hui légalement vulnérables au génocide et à la négation.
Le développement économique de la région imposé par l’extraction minière (charbon et gaz) sans information ni consentement des habitants aura un impact négatif important sur la population, la terre, la faune et la flore.
Anna Paoline a publié plusieurs études sur les risques imminents encourus par sa région et la population. Elle prône  un développement éthique, respectueux de la culture aborigène et de l’environnement, qui produirait plus d’emplois et de richesses et à long terme.
film : sur les pistes chantées du kimberley par dan balint
Flux de photos caché… Cliquer sur une des photos pour afficher la série.    
WP-Backgrounds by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann